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Brutalisme, l’esthétique mise à nu

Ce mois-ci, nous avons réalisé une séance photo avec @theparisianman dans l’ensemble Spinoza (1966-1973 Renée Gailhoustet) à Ivry-sur-Seine.

Le Corbusier est considéré comme le père fondateur du style brutaliste avec l’édification de la Cité Radieuse à Marseille en 1947.
Le terme brutaliste est tiré de son travail mais n’est inventé qu’à partir de 1950 par Peter & Alison Smithson, un couple d’architectes britanniques qui tire le terme de l’utilisation du béton brut si chère à Le Corbusier.
 

Origines du brutalisme

 
Le Corbusier a très tôt eu une vision particulière de l’architecture. S’il y a une notion qu’il faut retenir de sa vision, c’est le fonctionnalisme ergonomique. Le grand précepte du brutalisme n’est pas l’utilisation des matériaux bruts, mais l’organisation architecturale autour de la personne physique et de ses comportements, sans superflu. L’utilisation des matériaux bruts n’est que la conséquence de cette réflexion.

@theparisianman et de l'architecture brutaliste

@theparisianman et de l’architecture brutaliste


 
Pour autant, le béton brut est ce grâce à quoi on reconnaît le brutalisme. Le béton est porteur de sens dans l’architecture. C’est une couleur unie, une texture simple, propre et sans prétention. La structure est à nu. Le béton brut n’est pas un matériau noble, mais un matériau efficace.

Le béton n’est brutaliste que s’il est porteur de sens.

La volonté de construction autour de la personne physique se fait par une adaptation de toutes les surfaces et les formes dans des rapports de grandeur à l’Homme, pour Le Corbusier, c’est le Modulor. Exemple : les plafonds sont très précisément à 2,26 mètres de hauteur selon son échelle.

Échelle Modulor autour de la personne humaine

Échelle Modulor autour de la personne humaine


 
Il existe des ratios de taille par rapport à la personne humaine dans tous les aspects architecturaux des ouvrages de Le Corbusier.

La volonté de construction autour des comportements humains est la deuxième partie du cahier des charges d’une construction brutaliste. Le Corbusier l’a mise en place dans la construction de sa Cité Radieuse. Le bâtiment n’est pas luxueux mais cherche le confort là où il peut le trouver. Les appartements sont agencés sur deux étages, avec une pièce à vivre à double hauteur de plafond. Le Corbusier veut que l’on vive en appartement comme on vit dans une maison.

Les couloirs des bâtiments sont larges et sont considérés comme des rues. Certaines rues comportent des magasins, des services, une école et un restaurant. La volonté est de créer une communauté de voisins dans un immeuble. On retrouve aussi des installations sportives sur le toit.
Pour vivre ensemble et au profit d’un gain de place, la Cité Radieuse dispose de chambres d’amis communes, censées être partagées par les habitants en fonction de leurs besoins. L’idée subsiste quelques années avant d’être abandonnée au profit d’un hôtel.
 

Influence

 
Le Corbusier influence beaucoup d’architectes des années 50-60 et nombreuses sont les constructions inspirées. L’une d’entre elles est le Barbican à Londres, un complexe d’habitation et d’espaces culturels. Il est commandé par un council (une mairie) Londonien pour reconstruire un terrain bombardé pendant la seconde guerre mondiale. Trois architectes sont en charge du projet : Chamberlin, Powell et Bon.

Le complexe d’habitation qu’ils élaborent est ouvert et libre d’accès, cependant, ils travaillent l’architecture et l’agencement des bâtiments pour décourager les passant d’y pénétrer. Vu de l’extérieur, l’ensemble paraît impénétrable et les chemins semblent sans issue. Les murs sont imposants, comme ceux d’une forteresse. Le pari d’utiliser l’architecture pour guider les comportements est réussi pour le Barbican.


 

Déchéance

 
Le brutalisme utilise le béton comme moyen, jamais comme fin. C’est pourtant grâce à ce matériau qu’on le reconnaît et beaucoup d’architectes vont prendre le concept de la mauvaise extrémité. Dès les années 1970 la plupart des constructions se font en béton, c’est rapide et abordable à la construction. Il faut loger tous les baby-boomers à moindre coût. Le problème, c’est que les questions fondamentales d’architectures ne sont pas posées lors de cette expansion effrénée.

Beaucoup de villes se retrouvent alors avec des bâtiments laids, pas ergonomiques et mono-tâches. Ces grands ensembles n’accueillent que de l’habitation et pas de culture ou d’espaces de vie. Le vivre ensemble ne fait plus partie du cahier des charges. À cela s’ajoute la gentrification des villes par quartier, on relègue les classes sociales les moins aisées dans ces lieux de vie mal conçus, le style architectural est dès lors associé aux classes sociales les plus modestes.

En outre, le style architectural, de par son aspect modeste, est adopté par le communisme et les pays du bloc de l’est. Dans sa chute, l’URSS embarque tous les préceptes qu’elle a mis en place, dont celui d’une architecture modeste et sans fioritures. Finalement, le style devient totalement désuet à la dès des années 1990.
 

Retour du brutalisme

 
Depuis quelques années, le brutalisme intéresse de plus en plus les jeunes générations.
Sur Internet fleurissent des vidéos exposant cette architecture et expliquant pourquoi il y a un tel regain d’intérêt.


 
L’engouement n’est pourtant pas majoritaire, car on trouve encore beaucoup de personnes associant le brutalisme au communisme et au totalitarisme, en décrivant le style comme « facile » et « fainéant », voire même « oppressant ».

Cependant l’attrait de style architectural est de plus en plus présent. Dans une époque où les clivages sociétaux sont de plus en plus forts partout dans le monde, où l’éphémère et l’instantané sont les nouvelles mesures sur lesquelles se battent les secondes, le brutalisme offre un aspect solide. C’est un socle simple, massif et intemporel.

@theparisianman contre un mur couleur brique

@theparisianman contre un mur couleur brique


 
Que vous aimiez ou détestiez le brutalisme, une chose est certaine, c’est qu’il ne laisse personne indifférent.



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